Archives pour la catégorie Pologne 2016

Touristique Cracovie

Vous avez peut-être remarqué que je ne vous avais pas encore vraiment parlé de Cracovie. De tout ce qu’il y a autour, oui, mais pas vraiment de la ville que nous avons découverte petit à petit au cours des derniers jours.

Et bien on peut dire, globalement, que ça a été un petit choc après Varsovie. Surtout parce que Cracovie est 100 fois plus touristique que la capitale, ce qui implique de bonnes choses… et de moins bonnes.

Parmi les bons côtés, il y a le fait que nous n’avons jamais eu de difficulté à nous faire comprendre à Cracovie parce que les gens ont généralement au moins une base en anglais. Que ce soit au restaurant ou ailleurs, tout a toujours bien été. Nous avons aussi croisé plusieurs Québécois, ce qui est arrivé seulement une fois à Varsovie. Autre point positif: les nombreux touristes créent une effervescence qui génère une atmosphère incroyable en ville, ce qui est plaisant à vivre.

D’un autre côté, le caractère touristique amène du même coup ce qu’on déteste le plus: la sollicitation constante pour tout et pour rien. Pour les tours de ville, les excursions, les restaurants, les tours de calèche… Ça fait partie de l’affaire, mais après ne pas l’avoir vécu à Varsovie, on ne s’en plaignait certainement pas.

Place centrale

Alors, que retient-on de Cracovie? Le centre d’intérêt tourne surtout autour de la vieille ville et de sa place centrale qui était particulièrement vibrante au cours des derniers jours. Faisant 200 mètres par 200, la moitié de l’endroit a été occupée par de petits marchands au cours de notre séjour. Artisans de tous les genres (bois, fer, tissu) étaient au rendez-vous en plus de multiples kiosques gourmands: chocolats, biscuits, soupes typiques, pierogis, grillades… Les odeurs qui émanaient de là donnaient faim, je peux vous le dire!


Sinon, la place publique qui était jadis la plus grande d’Europe (et qui est maintenant dans le top 3) est caractérisée par ses musiciens et amuseurs publics qui donnent un air de fête en permanence à ce grand espace où se retrouvent touristes et locaux. Nous y sommes allés chaque soir de notre séjour parfois pour y acheter quelque chose, d’autres fois seulement pour s’imprégner de l’ambiance avant de retourner à notre appartement situé à peine à une quinzaine de minutes de marche de là.

Barbakan

À la fin du 15e siècle, la vieille ville de Cracovie était fortifiée et il reste, encore aujourd’hui, quelques souvenirs de cette architecture gothique. Parmi eux, le Barbakan, une forteresse circulaire intacte au nord de la vieille ville où se trouve également une partie du mur de fortification de l’époque.


Fait intéressant, le reste du mur a été retiré pour faire place à un immense parc de 20 hectares que nous avons eu bien du plaisir à découvrir que ce soit pour y marcher, prendre une pause ou manger un morceau.


Le secteur de la vieille ville se trouve ainsi entouré par cette « ceinture verte » qui est synonyme de calme et de nature et qui, encore une fois, fait le plaisir de tous. Un bel exemple d’urbanisme.

Château du Wawel

Situé au bord de l’eau, le château du Wawel est l’autre l’endroit où les gens aiment se retrouver. Samedi avant-midi, alors qu’il faisait plein soleil sur Cracovie, l’endroit était bondé.


Une fois le porche passé, une belle terrasse permet d’admirer le Vistule et une partie de la ville. On peut aussi avoir accès à la cour intérieure du château sans devoir se procurer un billet.

Promenade au bord du Vistule

Cracovie, comme plusieurs autres villes que j’ai eu la chance de visiter au cours des années, a aménagé les rives du cours d’eau qui la traverse pour permettre au citoyen d’en profiter. On a ainsi construit une longue piste asphaltée que se partagent cyclistes et marcheurs en bordure du fleuve Vistule et l’endroit est très fréquenté (donc plus sécuritaire).


L’Amoureuse et moi l’avons empruntée à partir de la rue Starowislna vers l’ouest et avons bien aimé l’expérience. En cours de route, nous avons vu plusieurs bateaux amarrés reconvertis en restaurants et bars. Nous avons finalement terminé notre marche à la hauteur du château de Wawel alors que nous nous sommes assis au bord de l’eau pour admirer le soleil se coucher et le ciel prendre des teintes rosées.

Parcours historique dans l’ancien ghetto

Étape moins réjouissante, mais à mes yeux essentielles, il fallait visiter le quartier à un jet de pierre de l’ancienne usine d’Oskar Schindler où les Juifs ont été enfermés pendant une partie de la Deuxième Guerre mondiale. Jusqu’à 20 000 d’entre eux ont été envoyés dans le ghetto qui réunissait à peine une quinzaine de rues, forçant ainsi parfois quatre familles à vivre sous un même toit.

En guise de mémoire, quelques plaques commémoratives ont été installées sur des immeubles et on vous invite à suivre un parcours historique pour les découvrir.


Certains vestiges sont également toujours visibles, dont une section du haut mur de béton qui entourait le ghetto. J’ai d’ailleurs appris que les fenêtres des immeubles faisant partie du ghetto qui donnaient vue sur l’extérieur du périmètre avaient à l’époque été condamnées. Comme quoi on faisait tout pour exclure les Juifs.

Parmi les autres sites d’intérêt, l’ancienne place où les Juifs du ghetto devaient répondre à l’appel et où se trouve toujours le petit immeuble qui servait de poste de police aux Allemands. Un mémorial a d’ailleurs été érigé à cet endroit.

C’est ce qui conclu le résumé de nos cinq dernières journées. Nous sommes actuellement à bord du train de nuit qui nous mène vers Prague, en République tchèque, pour la dernière étape de notre voyage.

135 mètres sous terre à Wieliczka

« Vous pouvez lécher les parois, il n’y a aucun problème. »

Cela fait plutôt drôle à entendre, mais c’est pourtant la première chose que nous dit notre guide une fois à l’intérieur de la mine de sel de Wieliczka, à quelques kilomètres de Cracovie, alors que nous venons à peine de descendre la cinquantaine de paliers (près de 400 marches et 400 autres à venir!) qui nous mènent vers le premier niveau de la mine qui en compte neuf.


Va-t-il faire noir? Va-t-il faire froid? Les corridors sont-ils très étroits ou très bas? Aucune idée! Tout ce que je sais, c’est qu’on parcourera environ trois kilomètres dans les tunnels de la mine (soit seulement 1% de sa superficie totale) et que la visite durera environ trois heures. C’est donc vers l’inconnu que nous allons, mais je décide de régler une première chose tout de suite. 

À la première occasion, je mets un peu de salive sur le bout d’un de mes doigts avant de le frotter contre une paroi rocheuse de la mine et de goûter le tout… Ok, c’est confirmé, on est bien dans une mine de sel! (Et bien quoi? C’est la guide qui a dit de le faire!)

Maintenant, on peut entamer la visite et j’ai rapidement des réponses à mes questions. Il ne fait ni noir, ni froid et les tunnels sont plutôt larges. Que de bonnes nouvelles!

Au fil de la visite, on déambule dans les trois premiers niveaux de la mine (jusqu’à une profondeur de 135 mètres) dans lesquels sont notamment exposées de belles sculptures de sel. On découvre aussi de nombreuses chapelles, car les miniers qui travaillaient sous terre avaient l’habitude d’aller y prier.


La salle la plus spectaculaire de la visite est d’ailleurs la chapelle de Sainte-Cunigonde (photo ci-dessus) située à 100 mètres sous terre. En suivant le parcours de la visite, on arrive par une espèce de mezzanine, puis on aperçoit soudainement cet endroit invraisemblable tellement il est beau et surréel à la fois.


Ici, tout est fait de sel. Les nombreuses statues, les gravures de scènes bibliques sont gravées dans les parois de la mine, les lustres sont décorés de cristaux de sel et les dalles du plancher sont taillées à même le sol de la mine. Le plancher de la chapelle aux allures de marbre brille d’ailleurs comme s’il avait été ciré… alors que ce n’est en fait que l’effet des chaussures des milliers de visiteurs qui polissent le sel. Je suis ébloui devant la beauté de l’endroit. La guide nous explique qu’une messe est toujours célébrée ici de façon hebdomadaire, qu’on y célèbre des mariages et qu’on organise même des concerts de musique classique en raison de l’acoustique qu’on dit d’excellente qualité. Fascinant!


La visite nous permet aussi de voir d’importantes accumulations de sel cristallisé de même que des lacs artificiels (toujours sous terre) qui sont encore plus salés que la mer Morte. En effet, on nous explique que chaque litre d’eau contient 320 grammes de sel.

Outre ces images spectaculaires, la visite permet de comprendre la vie des ouvriers qui ont travaillé dans la mine au cours des centaines d’années de son exploitation, de même que les outils qu’ils utilisaient (il y a notamment une partie musée). La mine de Wieliczka a cessé d’extraire du sel au milieu des années 90, son exploitation étant rendu peu rentable. On se contente aujourd’hui de produire du sel de table à partir de l’eau qui circule sous terre et qui, en se frottant contre les parois de la mine, devient salée.

Sinon, la mine, qui est propriété de l’État, peut compter sur les centaines de touristes qui y débarquent chaque jour; l’endroit faisant partie du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1978. La visite est assurément un incontournable dans la région de Cracovie autant pour son caractère instructif que pour son côté spectaculaire.

Mine de sel de Wieliczka:

  • 84 zlotys (28,50$) pour une visite guidée (en français quelques fois par jour)
  • Durée: au moins 3 heures pour la mine et le musée
  • Transport: idéalement en train pour à peine 6 zlotys (2,05$) aller-retour depuis Cracovie en une vingtaine de minutes. La mine est ensuite à cinq minutes à pied de la gare.

Excursion dans les montagnes Tatras

Changement de ton draconien dans le voyage, aujourd’hui. Après être replongés dans l’histoire depuis quelques jours, on s’est changé les idées en s’envoyant en l’air… à 2000 mètres d’altitude!

Mélissa et moi avions réservé une excursion dans les montagnes Tatras, dans le sud du pays. Alors que le départ était prévu à 8h ce matin, nous avons eu la surprise de constater que nous étions les seuls participants. Nous avons donc eu droit à un véritable tour guidé privé.

Une fois à bord de la fourgonnette, notre guide dont le prénom polonais se traduit par « Blueberry » en anglais, met le cap sur le sud. Après seulement une vingtaine de minutes de route, on aperçoit, au loin, une première série de montagnes, mais il nous faut finalement un peu moins de deux heures pour rejoindre Zakopane.

C’est dans cette petite ville tout à fait charmante qu’on monte à bord des grandes cabines du téléférique qui nous mènera ensuite au sommet du Kasprowy Wierch, à 1987 mètres d’altitude. Tout cela se fait en deux étapes totalisant une dizaine de minutes: une première montée, on change de cabine, puis on file au sommet à bord d’un second téléférique.


Plus on monte, plus la vue est spectaculaire. Une fois rendu à près de 2000 mètres, on retourne sur la terre ferme et on découvre un décor grandiose à couper le souffle. Le mélange de couleurs est fascinant: jaune, vert, gris… De la verdure, de la pierre. J’aperçois même, au loin, quelques lacs dont l’eau me semble d’un bleu parfait.


On se lance dans un sentier, on profite de la vue, on respire à grands coups cet air pur, on prend des photos… Puis on recommence le même manège dans un autre sentier.


Fait insolite, le sommet du Kasprowy Wierch est traversé par la frontière séparant la Pologne de la Slovaquie. Je m’amuse donc à passer d’un pays à l’autre, à être des deux côtés en même temps… Un pied en Pologne, l’autre en Slovaquie. Je peux donc me vanter d’être allé en Slovaquie!


On a passé environ 1h15 au sommet avant de reprendre le téléférique, puis de poursuivre notre route. « Blueberry » nous a ensuite fait visiter Zakopane, dont sa rue principale où se succédaient les vendeurs de fromage frit. Il y en a un aux dix mètres; je ne peux pas croire qu’ils arrivent tous à écouler leur marchandise.

L’Amoureuse et moi nous sommes installés dans un parc pour dîner avec comme décor les Tatras avant de reprendre la route de Cracovie. Une journée que nous ne sommes pas à la veille d’oublier.

Excursion à Zakopane et dans les Tatras:

  • 130$ réservée sur Viator.com incluant transport, guide et téléphérique aller-retour
  • Excursion organisée par Poland Active
  • Durée: 9 heures

« Fun fact »:

  • Il existe une équipe de sauvetage polonaise dans les montagnes Tatras qui offre son service gratuitement. La guide nous a raconté qu’il y a quelques années, un skieur a demandé à être secouru alors qu’il se trouvait du côté slovaque des montagnes. Comme il aurait été obligé de payer pour le service, l’homme s’est lui-même déplacé du côté polonais avant de rappeler les secours pour éviter de payer.

L’horreur racontée par un survivant de l’Holocauste

C’était probablement en 2005, alors que j’étais encore à l’université. Dans le cadre d’un cours, je devais faire le portrait de quelqu’un. Je ne me souviens pas comment l’idée m’est venue, mais toujours est-il que j’ai décidé de raconter l’histoire d’un survivant de l’Holocauste.


Question de me préparer, je suis allé visiter le Centre commémoratif de l’Holocauste à Montréal, qui était alors tout près de chez moi, mais dont j’ignorais jusque là l’existence. Je me souviens être resté quelques heures à déambuler dans les corridors, m’arrêtant devant chaque vitrine du musée exhibant de tristes souvenirs. Puis, j’y suis retourné peu de temps plus tard alors que j’avais rendez-vous avec Walter Absil dans la salle du souvenir, la dernière de l’exposition, où se trouve notamment une urne contenant les centres de Juifs morts à Auschwitz. Je peux vous dire que ça frappe.

Je ne le réalisais pas à ce moment, mais je m’apprêtais à mener une entrevue qui compte, encore aujourd’hui, parmi mes rencontres les plus émouvantes. Je ne réalisais pas non plus la chance que j’avais de rencontrer cet homme qui allait me raconter de vive voix une page d’histoire plutôt que de la lire dans un livre impersonnel.

Je me suis assis à ses côtés et j’ai écouté son histoire comme je l’aurais fait avec mon grand-père. Je l’aurais d’ailleurs volontiers adopté comme troisième grand-papa tellement je le trouvais attachant. Walter Absil avait une façon unique de raconter les choses: un mélange d’aventure qui me faisait tenir sur le bout de mon banc et d’émotions qui m’ont tiré les larmes.

Au début des années 40, Walter Absil n’était encore qu’un adolescent qui habitait l’Autriche avec sa famille. Sont ensuite arrivées les politiques restrictives contre la communauté juive: interdiction d’aller à l’école, à la piscine, au théâtre… Puis, un jour, sa famille a été arrêtée par la Gestapo, la police politique du parti nazi.

Alors que ses parents ont été déportés, le jeune Walter, lui, a eu la chance d’éviter les camps de la mort en se cachant en Belgique sous une fausse identité fournie par la résistance belge. Walter Absil est ainsi devenu Émile Bondy, un jeune fermier. Au cours des années, il a vu la mort de près à deux reprises, dont une fois après avoir été intercepté par une patrouille allemande à la sortie d’un parc où on lui a demandé de s’identifier. L’homme avait alors sur lui ses faux papiers l’identifiant comme Émile Bondy, mais aussi ceux qui l’identifiaient en tant que Juif. Heureusement, les soldats n’ont pas été en mesure de déchiffrer cette carte.

Après la déportation de ses parents, Walter Absil ne les a jamais revus. Comme seule nouvelle, une lettre qui, croit-il, aurait été jetée par la fente d’un train dans laquelle ses parents évoquaient leur retour prochain. La missive aurait été ramassée par un passant, puis postée.

Après la libération, M. Absil a eu espoir de revoir ses parents après que les alliés eurent communiqué avec lui. C’est toutefois une toute autre surprise qui l’attendait. «Ils m’ont donné les boucles d’oreille de ma mère et la montre de mon père», m’avait-il dit avec émotion.

Il semble que les alliés avaient découvert un wagon rempli de bijoux tous identifiés au nom de leur propriétaire. «Avant de les gazer, de les massacrer, ils ont fait une liste pour savoir à qui ça appartenait», avait-il ajouté.

En 1951, Walter Absil, sa femme et leurs deux enfants sont débarqués à l’Anse au Foulon, à Québec, avant de s’installer à Montréal pour entreprendre une nouvelle vie.

J’ai appris il y a peu de temps que Walter Absil s’était finalement éteint en octobre 2015, quelques semaines à peine avant de célébrer ses 91 ans. Il aura donc vécu au moins 70 ans de plus et en aura consacré plusieurs à faire en sorte que les gens se souviennent, notamment en donnant des conférences. Et ça a fonctionné. Vous voyez, M. Absil, je ne vous ai jamais oublié et, plus de dix ans plus tard, je raconte encore votre histoire.

Auschwitz-Birkenau: une journée aux camps de la mort

C’est une typique journée d’automne. Plutôt fraîche, ni complètement ensoleillée, ni totalement grise. Alors que nous roulons vers les camps de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, c’est le silence dans l’autobus. Tout le monde semble se préparer mentalement à ce qui va suivre. La journée s’annonce lourde en émotion. Qui se réjouirait en allant visiter ce lieu où on a sauvagement tué 1 100 000 personnes, dont 90% de Juifs, au cours de la Deuxième Guerre mondiale?

Pour ma part, c’est plus comme un devoir de mémoire; un pèlerinage. J’ai eu la chance d’être informé, sensibilisé, très tôt sur cette terrible page de l’histoire contemporaine et je devais y aller.

Une fois sur le site, on passe des contrôles de sécurité. Détecteur de métal, fouille des sacs. On pénètre sur le site et notre guide nous rejoint. C’est parti pour une leçon d’histoire qui durera 3h30.


Tout de suite, on aperçoit la fameuse inscription qui nous annonce notre entrée dans le camp Auschwitz I. « Arbeit macht frei » (« Le travail rend libre ») avec, de chaque côté, deux clôtures de barbelés qui étaient à l’époque électrifiées. On comprendra rapidement qu’il s’agit là du premier mensonge d’une longue série de faussetés. Jamais les gens qui sont entrés ici n’ont été libérés… sauf de leurs souffrances, le jour de leur mort.

Ici, le temps semble s’être arrêté. Tout à l’air triste en cette journée d’automne.

Rapidement, on entreprend la visite des immeubles où étaient entassés les prisonniers. De 700 à 1000 par bâtiments qui, bien qu’ils étaient équipés de poêles, n’étaient jamais chauffés en hiver. Dès le début de l’exposition, on aperçoit cette immense urne contenant des cendres de prisonniers exterminés. Puis, on suit le cours de l’histoire…

On comprend à quel point les nazis avaient tout prévu pour faire croire aux prisonniers qui entraient ici qu’ils seraient un jour libérés (ce qui n’a jamais été leur intention). On leur demandait d’identifier leurs valises afin qu’ils puissent récupérer leurs effets personnels. On leur a même vendu des terres, des magasins, qui n’existaient pas pour prévoir leur nouvelle vie. « Ils ont financé leur propre carnage »,  nous lance notre guide.

On demandait même aux prisonniers qui allaient être gazés de se déshabiller et de bien retenir le numéro de crochet qu’ils utilisaient afin de pouvoir reprendre leur vêtements après leur « douche ». Les nazis faisait aussi circuler dans le camp de Birkenau un faux camion de la Croix-Rouge qui transportait en fait le Zyklon B, le produit qui allait servir à gazer les prisonniers jusqu’à plusieurs centaines en même temps. En fait, les fours crématoires d’Auschwitz-Birkenau pouvaient brûler jusqu’à 1440 corps par jour.

Bref, ces lâches ont monté un tissu de mensonges pour donner de faux espoirs à ces milliers de personnes qui sont mortes exécutées, gazées, épuisées, affamées…

Peu de temps après le début de la visite, nous sommes confrontés à une terrible image. Derrière une fenêtre, sont entassées deux tonnes de cheveux de gens qui sont morts à Auschwitz. Les nazis rasaient les cheveux des prisonniers pour les revendre. On en faisait du tissu, des matelas… Alors que je longe la vitrine, l’allée me semble interminable. Mélissa, elle, n’ose pas regarder. C’est sombre. Les fenêtres de la pièce sont teintées pour éviter la détérioration de cette preuve du massacre qui s’est déroulé il y a déjà des dizaines d’années.

Un peu plus loin, on visite la prison du camp… qui en était une lui-même. Au sous-sol du bâtiment, notre guide nous montre quatre cellules d’à peine un mètre par un mètre sans fenêtre. Les nazis entassaient jusqu’à quatre prisonniers dans CHACUNE de ces cellules. Pour ajouter à l’humiliation, les prisonniers devaient y entrer par une minuscule porte, à quatre pattes, comme un chien. Au fond de l’une de ces cellules toutes faites de béton, une rose fanée sans doute déposée par un visiteur touché.

Puis, il y a cet autre immeuble où, de chaque côté du corridor, sont alignées des dizaines de photos de prisonniers tués à Auschwitz. Le guide nous demande de porter une attention particulière aux dates d’entrée au camp et de mort sous chacun des portraits. Certains n’ont pas survécu plus d’un mois…

C’est sans compter le passage devant ce mur où on exécutait des prisonniers d’une balle dans la nuque alors qu’ils étaient nus. On utilisait un silencieux pour ne pas que les autres détenus entendent ce qui se passait. J’ai de la difficulté à imaginer la scène. Au pied de ce triste mur, des fleurs et des chandelles ont été déposées.

On termine finalement la visite du premier camp par la chambre à gaz et les fours crématoires d’Auschwitz I. La pièce est froide et humide. On aperçoit, au plafond, les trous par lesquels les nazis envoyaient le gaz. Un frisson me parcourt le corps. Le guide nous explique qu’une fois les corps brûlés, les cendres étaient ou jetées dans l’eau, ou enterrées ou encore utilisées comme fertilisant pour le sol.

Auschwitz II – Birkenau

De là, un autobus nous transporte au deuxième camp, Birkenau, à quelques minutes du premier site. Ici, les rails du chemin de fer entrent loin à l’intérieur du camp. On ouvrait la « porte de la mort », on faisait avancer le train et on refermait la porte; scellant du même coup le sort de ces milliers de personnes.


Je fais remarquer à Mélissa le paradoxe qui me saute aux yeux. Hier, nous visitions l’usine d’Oskar Schindler où les Juifs qui franchissaient le porche étaient sauvés alors qu’ici, c’est tout le contraire. 

Les nazis faisaient entrer les wagons à bestiaux remplis de prisonniers à l’intérieur du camp avant de faire le tri arbitraire de ceux jugés « utiles » qui allaient être soumis aux travaux forcés et les autres qui iraient directement à l’extermination.


Vous remarquerez sur les photos qu’il y a de l’herbe. Notre guide nous informe qu’à l’époque il n’y avait que de la boue. « S’il y avait eu de l’herbe,  nous l’aurions mangé », aurait confié un homme qui a survécu à l’horreur.

Ici, il y avait quatre chambres à gaz supplémentaires. Avant de quitter, les nazis ont dynamité leurs sinistres installations pour effacer les traces de leurs crimes. Les lieux sont donc encore dans cet état aujourd’hui: des milliers de briques empilées témoignent de ce qui s’est passé.

Plusieurs bâtiments sont toutefois encore présents, notamment certains où on entassait les prisonniers dans des lits en bois.

Lorsque les camps ont été libérés, 45 000 paires de chaussures et un million de pièces de vêtements ont été retrouvées à Auschwitz-Birkenau en plus de tous les objets de valeur ayant appartenus aux prisonniers. Les nazis conservaient tout dans deux salles, Kanada 1 et Kanada 2, nommées ainsi parce qu’à l’époque le Canada était connu comme étant un pays riche, l’eldorado.

Au bout du chemin de fer du camp de Birkenau, un mémorial en hommage aux centaines de milliers de victimes. « Que ce lieu où les nazis ont assassiné un million et demi d’hommes, de femmes et d’enfants en majorité des Juifs de divers pays d’Europe, soit à jamais pour l’humanité un cri de désespoir et un avertissement », peut-on lire sur une plaque.

C’est justement le but de cette visite. Un avertissement et un devoir de mémoire afin de tout faire en sorte pour que jamais cela ne se reproduise. Les nazis prévoyaient exterminer 11 millions de personnes. Ils en ont finalement exécuté 6 millions. Six millions de trop.

* Note: j’ai fait le choix de limiter les photos à l’intérieur de ce texte parce que je crois sincèrement que ce qui compte, c’est l’histoire.

Musée des camps Auschwitz-Birkenau:

  • 45 zlotys (15,30$ CAD) pour une visite guidée des deux camps en français. 
  • 28 zlotys (9,50$ CAD) pour le transport aller-retour en autobus depuis Cracovie. Environ 1h30 de route.

Sur les traces d’Oskar Schindler, sauveur de l’humanité

Je me souviens encore quand j’ai regardé le film « La liste de Schindler » pour la première fois. Mon amie Marjorie m’avait prêté le DVD un été en me disant que je devais voir ce classique sorti en salle une douzaine d’années plus tôt et qui a remporté l’Oscar du meilleur film en 1994.

Je me souviens surtout avoir été bouleversé. Choqué. Avoir pleuré toutes les larmes de mon corps dans les 30 dernières minutes. C’est devenu pour moi un film culte que j’ai réécouté plusieurs fois et que j’ai fait découvrir à certains, dont l’Amoureuse, la veille de notre départ. Parce que j’ai été immensément touché et parce que je pense que ce film de Spielberg transmet un message important.

Ce n’est qu’il y a quelques mois que j’ai appris par hasard que l’usine de celui qui a évité à des centaines de Juifs de finir dans la chambre à gaz avait été transformée en musée à Cracovie. Lors de la Deuxième Guerre mondiale, Oskar Schindler a fait de 1100 Juifs ses employés, des « travailleurs essentiels », leur évitant ainsi de subir le triste sort qui leur était réservé. Schindler, lui-même Allemand et membre du parti nazi, est même allé jusqu’à payer, verser des pots-de-vin, pour leur sauver la vie.

La visite de l’usine de Schindler était donc un arrêt obligatoire pour moi en passant par Cracovie et c’est aujourd’hui que cela se passait.

Nous nous sommes d’abord rendu dans le quartier où se trouvait à l’époque le ghetto où se sont entassés jusqu’à 20 000 Juifs ayant chacun un espace d’environ 2 mètres carrés pour vivre. Nous avons marché quelques minutes dans les rues, puis j’ai aperçu cette plaque commémorative fixée sur un immeuble. 

« Dans cet immeuble, en 1941-1942, se trouvait une maison pour les ainés juifs. Lors des évictions du 28 octobre 1942, l’occupant allemand a fusillé à mort tous les habitants de même que le directeur », pouvait-on lire [traduction libre].

Le ton était donné. Nous nous sommes mis en marche vers l’ancienne usine de Schindler située quelques centaines de mètres plus loin en empruntant sans doute le même chemin que ses valeureux employés le faisaient à l’époque. En approchant du grand édifice blanc, ma gorge s’est un peu nouée.


Pour la visite, Mélissa et moi avions réservé les services d’une guide francophone qui a passé plus de deux heures à répondre à nos questions et à nous parler de l’histoire de Cracovie, de la guerre, du ghetto et de Schindler lui-même.

Dès le début, sont exposées des photos de Juifs humiliés en public alors que des soldats allemands leur coupent la barbe, les cheveux, en riant. Puis il y a cette réplique d’un tramway sur lequel on voit une affiche interdisant l’utilisation aux Juifs. Des photos de Juifs forcés de construire eux-mêmes le mur du ghetto qui allait les isoler du reste du monde. Tout au long, la même question revient en tête: pourquoi?


Après avoir parcouru de nombreuses salles, on arrive finalement dans la pièce qui a servi de bureau à Oskar Schindler. Comme ameublement, un vieux bureau de bois (reconstitution) puis, au mur, une carte de l’Europe (d’origine).


Dans la même pièce, on a érigé un monument formé de batteries de cuisine comme celles qui étaient fabriquées sur place. À l’intérieur, le nom des 1100 « Juifs de Schindler ». Premier moment d’intense émotion depuis notre entrée. Je ne parle plus, je ne pose plus de questions. Je me contente d’écouter ce que la guide a à dire.


On poursuit la visite pendant un moment et on termine par une salle où sont tapissées en six langues des témoignages de ceux qui ont eu la chance d’être sauvé par cet homme au grand cœur, alors qu’une douce musique joue en trame de fond.

« Il m’a embauché dans son usine tout en sachant que je ne servirais à rien », aie-je entre autres lu.

Cette fois, je n’ai pas pu me retenir. Mes yeux se sont remplis d’eau et quelques larmes ont coulé. Un mélange d’émotion entre la colère qu’un tel carnage ait eu lieu et toute la beauté, la bonté, entourant le geste d’Oskar Schindler.

Dans le film, le comptable de Schindler, Itzhak Stern, dit ceci au sujet de la liste des 1100 noms: « Cette liste, c’est le bien absolu. Cette liste, c’est la vie. » Je pense que cette citation résume tout. D’autant plus que, selon le judaïsme, Oskar Schindler a fait beaucoup plus que cela.

« Qui sauve une vie, sauve l’humanité », peut-on lire dans le Talmud. C’est d’ailleurs cette citation qui est inscrite à l’entrée de cette usine où un homme a choisi de faire le bien.

Usine d’Oskar Schindler:

  • 21 zlotys (7,15$ CAD) pour la visite
  • 130 zlotys (44,20$) pour une visite guidée en français (à réserver à l’avance sur le site Internet)

Varsovie toute en beauté

Vous vous souvenez que pas plus tard que vendredi dernier j’écrivais ici même avoir été stupéfait par le caractère glacial de Varsovie à mon arrivée. Il faut croire qu’elle et moi avons appris à mieux nous connaître au cours des quatre derniers jours… même si je l’ai regardée de haut ce matin.

L’Amoureuse et moi sommes montés au 30e étage du Palais de la culture et de la science, l’un des plus hauts immeubles de la ville, pourvu d’une terrasse panoramique offrant une vue imprenable sur Varsovie.


Il faut dire que cet immeuble imposant (on ne peut clairement pas le manquer) est un peu controversé ici, car il s’agit d’un lègue de l’époque soviétique. Il accueille aujourd’hui des bureaux, la faculté de mathématiques de l’université, un cinéma, le palais des congrès, des expositions, etc.

C’est en faisant le tour d’autobus touristique que nous avons appris que nous avions la possibilité de monter au sommet de la tour pour admirer la vue et c’est ce que nous avons fait ce matin.

L’une des premières choses qui nous a frappés, c’est de voir à quel point, même des airs, la vieille ville se démarque du reste de Varsovie avec ses toits orange. Vous vous souvenez qu’à la suite de la guerre, ce secteur a été reconstruit selon les plans d’origine et qu’il est maintenant au patrimoine mondial de l’UNESCO.


C’est aussi spécial de se dire que tout ce qui est devant nous, ou presque, est âgé d’au plus 70 ans puisque Varsovie a été rasée en quasi-totalité lors de la Deuxième Guerre.

Mélissa et moi avons ensuite pris le chemin du parc Lazienki, le plus grand de la ville, en passant d’abord dans la rue des ambassades, dont celle du « Kanady » (« Canada ») comme ils disent ici. Le parc héberge entre autre une statue du célèbre compositeur Frédéric Chopin, natif de Varsovie, en plus de superbes pavillons.


Un grand lac occupe également un grand espace du parc populaire autant auprès des touristes que des locaux. Le dimanche, des dizaines de personnes s’y réunissent entre autres pour assister à des concerts en plein air. C’est un endroit qui vaut le détour. 

Nous avons terminé la journée par une promenade dans les fortifications de Stare Miasto, ce secteur de la ville qui m’a impressionné jusqu’à la toute dernière minute.


Est donc venu le temps de te dire au revoir, Warszawa. Merci pour le temps passé avec toi. Demain matin, cap sur Cracovie. 

Terrasse panoramique du Palais de la culture et de la science:

  • 20 zlotys (6,80$ CAD)
  • Prévoir une heure pour bien profiter de la visite.