Auschwitz-Birkenau: une journée aux camps de la mort

C’est une typique journée d’automne. Plutôt fraîche, ni complètement ensoleillée, ni totalement grise. Alors que nous roulons vers les camps de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, c’est le silence dans l’autobus. Tout le monde semble se préparer mentalement à ce qui va suivre. La journée s’annonce lourde en émotion. Qui se réjouirait en allant visiter ce lieu où on a sauvagement tué 1 100 000 personnes, dont 90% de Juifs, au cours de la Deuxième Guerre mondiale?

Pour ma part, c’est plus comme un devoir de mémoire; un pèlerinage. J’ai eu la chance d’être informé, sensibilisé, très tôt sur cette terrible page de l’histoire contemporaine et je devais y aller.

Une fois sur le site, on passe des contrôles de sécurité. Détecteur de métal, fouille des sacs. On pénètre sur le site et notre guide nous rejoint. C’est parti pour une leçon d’histoire qui durera 3h30.


Tout de suite, on aperçoit la fameuse inscription qui nous annonce notre entrée dans le camp Auschwitz I. « Arbeit macht frei » (« Le travail rend libre ») avec, de chaque côté, deux clôtures de barbelés qui étaient à l’époque électrifiées. On comprendra rapidement qu’il s’agit là du premier mensonge d’une longue série de faussetés. Jamais les gens qui sont entrés ici n’ont été libérés… sauf de leurs souffrances, le jour de leur mort.

Ici, le temps semble s’être arrêté. Tout à l’air triste en cette journée d’automne.

Rapidement, on entreprend la visite des immeubles où étaient entassés les prisonniers. De 700 à 1000 par bâtiments qui, bien qu’ils étaient équipés de poêles, n’étaient jamais chauffés en hiver. Dès le début de l’exposition, on aperçoit cette immense urne contenant des cendres de prisonniers exterminés. Puis, on suit le cours de l’histoire…

On comprend à quel point les nazis avaient tout prévu pour faire croire aux prisonniers qui entraient ici qu’ils seraient un jour libérés (ce qui n’a jamais été leur intention). On leur demandait d’identifier leurs valises afin qu’ils puissent récupérer leurs effets personnels. On leur a même vendu des terres, des magasins, qui n’existaient pas pour prévoir leur nouvelle vie. « Ils ont financé leur propre carnage »,  nous lance notre guide.

On demandait même aux prisonniers qui allaient être gazés de se déshabiller et de bien retenir le numéro de crochet qu’ils utilisaient afin de pouvoir reprendre leur vêtements après leur « douche ». Les nazis faisait aussi circuler dans le camp de Birkenau un faux camion de la Croix-Rouge qui transportait en fait le Zyklon B, le produit qui allait servir à gazer les prisonniers jusqu’à plusieurs centaines en même temps. En fait, les fours crématoires d’Auschwitz-Birkenau pouvaient brûler jusqu’à 1440 corps par jour.

Bref, ces lâches ont monté un tissu de mensonges pour donner de faux espoirs à ces milliers de personnes qui sont mortes exécutées, gazées, épuisées, affamées…

Peu de temps après le début de la visite, nous sommes confrontés à une terrible image. Derrière une fenêtre, sont entassées deux tonnes de cheveux de gens qui sont morts à Auschwitz. Les nazis rasaient les cheveux des prisonniers pour les revendre. On en faisait du tissu, des matelas… Alors que je longe la vitrine, l’allée me semble interminable. Mélissa, elle, n’ose pas regarder. C’est sombre. Les fenêtres de la pièce sont teintées pour éviter la détérioration de cette preuve du massacre qui s’est déroulé il y a déjà des dizaines d’années.

Un peu plus loin, on visite la prison du camp… qui en était une lui-même. Au sous-sol du bâtiment, notre guide nous montre quatre cellules d’à peine un mètre par un mètre sans fenêtre. Les nazis entassaient jusqu’à quatre prisonniers dans CHACUNE de ces cellules. Pour ajouter à l’humiliation, les prisonniers devaient y entrer par une minuscule porte, à quatre pattes, comme un chien. Au fond de l’une de ces cellules toutes faites de béton, une rose fanée sans doute déposée par un visiteur touché.

Puis, il y a cet autre immeuble où, de chaque côté du corridor, sont alignées des dizaines de photos de prisonniers tués à Auschwitz. Le guide nous demande de porter une attention particulière aux dates d’entrée au camp et de mort sous chacun des portraits. Certains n’ont pas survécu plus d’un mois…

C’est sans compter le passage devant ce mur où on exécutait des prisonniers d’une balle dans la nuque alors qu’ils étaient nus. On utilisait un silencieux pour ne pas que les autres détenus entendent ce qui se passait. J’ai de la difficulté à imaginer la scène. Au pied de ce triste mur, des fleurs et des chandelles ont été déposées.

On termine finalement la visite du premier camp par la chambre à gaz et les fours crématoires d’Auschwitz I. La pièce est froide et humide. On aperçoit, au plafond, les trous par lesquels les nazis envoyaient le gaz. Un frisson me parcourt le corps. Le guide nous explique qu’une fois les corps brûlés, les cendres étaient ou jetées dans l’eau, ou enterrées ou encore utilisées comme fertilisant pour le sol.

Auschwitz II – Birkenau

De là, un autobus nous transporte au deuxième camp, Birkenau, à quelques minutes du premier site. Ici, les rails du chemin de fer entrent loin à l’intérieur du camp. On ouvrait la « porte de la mort », on faisait avancer le train et on refermait la porte; scellant du même coup le sort de ces milliers de personnes.


Je fais remarquer à Mélissa le paradoxe qui me saute aux yeux. Hier, nous visitions l’usine d’Oskar Schindler où les Juifs qui franchissaient le porche étaient sauvés alors qu’ici, c’est tout le contraire. 

Les nazis faisaient entrer les wagons à bestiaux remplis de prisonniers à l’intérieur du camp avant de faire le tri arbitraire de ceux jugés « utiles » qui allaient être soumis aux travaux forcés et les autres qui iraient directement à l’extermination.


Vous remarquerez sur les photos qu’il y a de l’herbe. Notre guide nous informe qu’à l’époque il n’y avait que de la boue. « S’il y avait eu de l’herbe,  nous l’aurions mangé », aurait confié un homme qui a survécu à l’horreur.

Ici, il y avait quatre chambres à gaz supplémentaires. Avant de quitter, les nazis ont dynamité leurs sinistres installations pour effacer les traces de leurs crimes. Les lieux sont donc encore dans cet état aujourd’hui: des milliers de briques empilées témoignent de ce qui s’est passé.

Plusieurs bâtiments sont toutefois encore présents, notamment certains où on entassait les prisonniers dans des lits en bois.

Lorsque les camps ont été libérés, 45 000 paires de chaussures et un million de pièces de vêtements ont été retrouvées à Auschwitz-Birkenau en plus de tous les objets de valeur ayant appartenus aux prisonniers. Les nazis conservaient tout dans deux salles, Kanada 1 et Kanada 2, nommées ainsi parce qu’à l’époque le Canada était connu comme étant un pays riche, l’eldorado.

Au bout du chemin de fer du camp de Birkenau, un mémorial en hommage aux centaines de milliers de victimes. « Que ce lieu où les nazis ont assassiné un million et demi d’hommes, de femmes et d’enfants en majorité des Juifs de divers pays d’Europe, soit à jamais pour l’humanité un cri de désespoir et un avertissement », peut-on lire sur une plaque.

C’est justement le but de cette visite. Un avertissement et un devoir de mémoire afin de tout faire en sorte pour que jamais cela ne se reproduise. Les nazis prévoyaient exterminer 11 millions de personnes. Ils en ont finalement exécuté 6 millions. Six millions de trop.

* Note: j’ai fait le choix de limiter les photos à l’intérieur de ce texte parce que je crois sincèrement que ce qui compte, c’est l’histoire.

Musée des camps Auschwitz-Birkenau:

  • 45 zlotys (15,30$ CAD) pour une visite guidée des deux camps en français. 
  • 28 zlotys (9,50$ CAD) pour le transport aller-retour en autobus depuis Cracovie. Environ 1h30 de route.

6 réflexions au sujet de « Auschwitz-Birkenau: une journée aux camps de la mort »

  1. C’est tout un pan d’histoire que vous venez de vivre, des millions de Juifs assassinés par les Nazis….
    Avec ta façon de nous raconter votre visite, on a l’impression d’y être.

  2. Merci Hugo de nous avoir fait vivre cette journée comme si nous avions assisté à l’extermination de ces millions de Juifs. Une autre grosse journée vous attend demain…bonne nuit les Amoureux.

  3. Toute une histoire, une réalité dure, très dure….il y a des années mais c’est une bonne prise de conscience. Et qu’on est gâté! Ton choix de limiter des photos est un grand respect de ta part. Sans avoir fait ce voyage c’est un souvenir gravé à jamais par ton texte si bien détaillé. Bon repos!

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